Trump a encore frappé !

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Par

Sabahudin Softic

Fondé de pouvoir | Conseiller institutionnel

Après des mois d’hésitations, de tentatives d’intimidations et de menaces, les États-Unis ont attaqué l’Iran fin février, provoquant une réponse violente. Face aux missiles, bombes et drones qui pleuvent désormais un peu partout sur le Moyen-Orient, les marchés se montrent relativement mesurés pour le moment.

Cette nouvelle offensive que les États-Unis et Israël ont déclenchée contre l’Iran n’est pas sans rappeler des événements similaires les années précédentes. En avril 2024, après une attaque par l’État juif du consulat iranien à Damas, la République islamique avait envoyé plusieurs missiles sur Israël. Le tout s’était soldé le temps d’un week-end, les marchés n’ayant même pas eu le temps de réagir. En juin 2025, Israël avait mené des attaques sur le territoire iranien, dont des assassinats de plusieurs responsables politiques et militaires, à la suite desquels l’Iran avait envoyé des missiles et drones sur Israël pendant plusieurs jours, Tel-Aviv répliquant également. Les États-Unis sont alors intervenus pour aider leur allié israélien. Pour finir, au bout de 12 jours, le conflit s’était soldé par un bombardement américain en Iran suivi par le bombardement d’une base américaine au Qatar n’ayant pas fait de victimes. Et puis tout le monde avait décidé d’en rester là, les marchés avaient alors réagi de manière plutôt calme.

Ce nouveau conflit est cependant d’une intensité bien plus importante que ce qui s’est passé en 2024 et 2025. Les hostilités ont commencé alors même que des négociations, concernant les concessions que l’Iran devait faire pour rassurer leurs adversaires sur le programme nucléaire iranien, étaient en cours. Des rencontres devaient d’ailleurs se tenir à Genève dans les jours suivants entre Américains et Iraniens. Désormais le but affiché des Américains est un changement de régime à Téhéran.

En plus de l’élimination de plusieurs hauts responsables de l’État iranien, et parfois de leur famille présente avec eux au moment des faits, des attaques d’ampleur inédite ont été menées sur une grande partie du territoire, ayant également fait de nombreuses victimes civiles. Comme l’a notamment rapporté le New York Times, un missile américain Tomahawk s’est abattu sur une école primaire tuant des dizaines d’enfants. À ce stade, le gouvernement américain a nié les faits accusant l’Iran d’en être à l’origine.

En réponse aux attaques, l’Iran s’est montré bien plus agressif qu’en 2024 et 2025. Cette fois, l’ensemble des bases américaines dans la région ont été visées, plusieurs soldats américains ayant perdu la vie et des dizaines d’autres blessés. Des missiles et drones ont été envoyés sur Israël et sur la plupart des pays abritant des bases américaines dans la région. Des installations civiles ont même été touchées, provoquant notamment des fermetures provisoires de certains aéroports. L’Iran a également décidé de limiter le trafique maritime dans le détroit d’Ormuz empêchant ainsi l’exportation d’une grande partie du pétrole produit dans la région. C’est d’ailleurs le marché pétrolier qui a été le plus volatil pour le moment.

Il semblerait que Washington soit surpris, voire dépassé, par l’ampleur prise par les événements. En résumé, c’est ainsi que l’agence financière Bloomberg décrit la situation :

«La guerre avec l’Iran s’est avérée être un affrontement avec un adversaire différent de tous ceux auxquels l’armée américaine avait été confrontée auparavant. Lorsque les premiers missiles de croisière ont commencé à frapper des cibles en Iran, l’opération ressemblait à une campagne américaine typique : des frappes rapides avec une force écrasante. Cependant, après seulement deux semaines, l’armée américaine a été confrontée à des difficultés inattendues.

Selon les analystes, rien que pendant les premiers jours de la guerre, les alliés des États-Unis auraient utilisé plus d’un millier d’intercepteurs Patriot PAC-3. Cela représente près du double de la production annuelle de ces missiles. C’est la première guerre où l’adversaire dispose de telles capacités selon les experts.»

Face aux évènements en cours, le marché semble parier sur une issue relativement rapide et sans embrasement plus prononcé. La volatilité est certes remontée, mais est restée dans des normes raisonnables à ce stade. Comme le dit l’adage, « le marché a toujours raison », on verra bien ce qu’il en sera cette fois-ci.

Au vu des enjeux mondiaux du conflit, en raison principalement du quasi-blocage du détroit d’Ormuz dont l’économie mondiale est dépendante pour l’approvisionnement pétrolier notamment et donc le fonctionnement même de l’économie, il semble plutôt cohérent qu’en coulisse quasiment tous les pays du Monde aient intérêt à travailler pour calmer les esprits et éviter une récession mondiale qui pourrait être provoquée par le choc pétrolier qui menace. Le principal intéressé étant Donald Trump lui-même qui devra affronter des élections parlementaires en novembre de cette année, alors que les premiers sondages montrent que la majorité des Américains sont opposés à cette nouvelle aventure militaire. Cela étant encore accentué par la hausse soudaine des prix l’essence, baromètre ultime de l’électeur américain.

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