La fermeté de la FED fait vaciller les marchés

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Par

Sabahudin Softic

Fondé de pouvoir | Conseiller institutionnel

Les marchés actions étaient en hausse sur le mois d’août, jusqu’à la très attendue réunion des banques centrales à Jackson Hole aux États-Unis le 25 août 2022. Cette réunion, qui se tient une fois par année, est généralement l’occasion pour les banquiers centraux de donner les lignes directrices de leur politique monétaire, pour les mois à venir, au travers des discours qu’ils y prononcent. Le discours le plus attendu était celui du président de la Réserve fédérale américaine (FED), Jérôme Powell.

Les marchés espéraient que Monsieur Powell mettrait de l’eau dans son vin quant au resserrement monétaire en cours. On peut dire qu’ils ont été globalement déçus. En effet, au travers d’un discours très concis, le président de la FED a signalé, une nouvelle fois et sans ambiguïté, sa volonté de calmer l’inflation en poursuivant le resserrement monétaire en cours, même si cela doit faire des dégâts.

“While higher interest rates, slower growth, and softer labor market conditions will bring down inflation, they will also bring some pain to households and businesses. These are the unfor-tunate costs of reducing inflation. But a failure to restore price stability would mean far greater pain.”
« Alors que la hausse des taux d’intérêt, le ralentissement de la croissance et l’assouplissement des conditions du marché du travail feront baisser l’inflation, ils entraîneront également une certaine douleur pour les ménages et les entreprises. Ce sont les coûts malheureux de la réduction de l’inflation. Mais un échec dans le rétablissement de la stabilité des prix signifierait une douleur bien plus grande. »

Jérôme Powell, 26 août 2022, Jackson Hole

Le discours de Powell a eu l’effet d’un électrochoc sur les marchés financiers et les indices des actions se sont violemment contractés le 26 août puis également dans les jours qui ont suivi pour finir le mois d’août dans le rouge. C’est ainsi que les actions mondiales ont effacé la totalité de leur gain mensuel jusque-là et même fini le mois en territoire négatif à -1,32% (indice MSCI All Countries World Index, en CHF). Les obligations se sont également contractées de 1,99% (indice FTSE World Government Bond Index, en CHF), tandis que l’or et les matières premières ont terminé le mois en très légère hausse.

La situation macro-économique continue à globalement se détériorer, avec notamment les indices de confiance des con-sommateurs qui baissent de plus en plus, en grande partie en raison des hauts niveaux d’inflation. En revanche, le marché de l’emploi se montre résilient pour le moment.

Alors que les banques centrales tentent de lutter contre l’inflation, les divers gouvernements tentent de soulager leurs électeurs par divers plans de soutien qui se traduisent principale-ment par plus de dépenses. Le parlement américain a ainsi voté un « plan de réduction de l’inflation » qui consiste principalement en de nouvelles dépenses étatiques et à des augmentations d’impôts. Or, l’effet à moyen terme va plutôt contribuer à encore faire monter les prix, soit le contraire du but officiellement affiché.

Les gouvernements européens ne sont pas en reste, puisque la plupart des États ont pris des mesures budgétaires pour ai-der leurs concitoyens à faire face aux hausses générales des coûts, que ce soit par des aides directes ou par des réductions temporaires des taxes sur l’essence par exemple. Et là aussi, cela devrait contribuer à maintenir les pressions haussières sur les prix. Il faut rajouter à cela que l’Europe continue de souffrir des sanctions économiques qu’elle a prises à l’encontre de la Russie, en rétorsion à ses opérations militaires contre l’Ukraine.

Malheureusement, ces sanctions n’ont pas eu l’effet escompté et ne semblent pas freiner les velléités russes ni véritablement aider l’Ukraine. En revanche, ces mêmes sanctions ont fini par provoquer une crise énergétique d’envergure sur le vieux continent. Alors que les prix des matières premières montent par-tout, c’est en Europe que la situation est la plus dramatique, principalement au niveau du gaz.

Les premières victimes visibles de cette situation sont les usines d’engrais, grandes consommatrices de gaz et qui ont dû massivement réduire leur production un peu partout en Europe. Les hausses extraordinaires des prix de l’électricité risquent également de faire des dégâts sur les entreprises, puisque dans certains pays européens les prix ont été multipliés par 10. Si la situation ne se détend pas rapidement, cela risque de provoquer des faillites de certaines entreprises.