Décembre 2023 – Mission (presque) accomplie !

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Par

Sabahudin Softic

Fondé de pouvoir | Conseiller institutionnel

Alors que les taux d’inflation avaient commencé à monter début 2021, les instituts monétaires ont attendu début 2022 pour prendre le problème au sérieux. Après bientôt deux ans de lutte, il semblerait que la mission soit en passe d’être réussie. Selon les dernières données, les taux de renchérissement sont en baisse quasiment partout et de manière plus importante que ce qui était attendu. Pour citer quelques marchés, aux États-Unis l’inflation se situe désormais à 3,2% (sur 12 mois, à fin octobre, les données à fin novembre seront publiées prochainement), dans la zone euro à 2,4% (sur 12 mois, à fin novembre) et en Suisse à 1,4% (sur 12 mois, à fin novembre).

Ces données ont participé à créer une certaine euphorie sur les marchés durant le mois écoulé, avec un indice actions Monde qui est monté de 4,99% (MSCI World All Countries Index, en CHF, source Refinitiv), soit son meilleur mois depuis janvier 2023. Il faut néanmoins relever que cette importante hausse fait suite à plusieurs mois de correction relativement marquée. Les actifs refuges terminent quant à eu le mois en ordre dispersé, avec une hausse de 0,81% pour les obligations internationales (FTSE World Government Bond Index, en CHF, source Refinitiv) et une baisse de 2,02% pour l’or (LBMA Gold Price, en CHF, source Investing.com). Le cours de l’once d’or en USD est en fait monté sur le mois pour se situer proche de son record historique, mais le dollar américain ayant baissé contre le franc suisse (-3,9% sur novembre), le cours de l’or en CHF a terminé le mois en baisse.

Si les taux de renchérissements se trouvent désormais proches des tendances long terme des dernières années, leur maintien sous contrôle n’est pas encore assuré. C’est d’ailleurs ce que s’efforcent de répéter les responsables des banques centrales. Alors que les marchés anticipent des baisses de taux déjà à partir de l’année prochaine, les banquiers centraux continuent de tenter d’abaisser ces attentes à chacune de leurs interventions. C’est ainsi que lors de la réunion de la Réserve fédérale américaine (FED) du 1er novembre 2023, Jérôme Powell, président de la FED, a une nouvelle fois relevé que malgré la baisse continue de l’inflation, les pleins effets du resserrement doivent encore se faire sentir. Il a explicitement dit ne pas envisager des baisses du taux directeur pour le moment.

Face à cette inflation en baisse, les craintes de récession sont désormais de plus en plus présentes et ne sont probablement pas étrangères aux anticipations de baisse des taux directeurs, par une partie du marché, en 2024 déjà. En effet, en cas de ralentissement économique prononcé, il est fort possible que le marché ait raison et que les banques centrales procèdent à des assouplissements monétaires dans un avenir proche malgré leur déni actuel. Paradoxalement, de mauvaises nouvelles pour l’économie pourraient donc potentiellement générer de bonnes nouvelles pour les marchés financiers.

Il restera à voir comment l’inflation évoluera si les banques centrales sont effectivement poussées à inverser leur politique monétaire avant que leur mission ne soit effectivement entièrement accomplie.